5ème Cours
LE MIMISME HUMAIN
1ère Année
CINQUIEME CONFERENCE — SORBONNE — 23 AVRIL 1931 —
LE MIMISME HUMAIN
Aussi simplement que possible, mais aussi logiquement que possible, dans nos dernières conférences, nous avons tâché de rendre à la vie son bien.
Nous nous trouvions en face d’un enfant qu’on essayait de dessécher en le mettant devant des graphies mortes. Pour tenter de lui redonner un peu de vie, nous avons étudié comment fonctionnait cette vie.
Nous progressons lentement, méthodiquement. De même que dans le désert du Sahara, lorsqu’on rencontre un homme épuisé de soif, on ne va pas le faire boire immédiatement à larges lampées ! car la transition serait trop brusque entre cet état d’épuisement et le liquide ingurgité.
La pratique a démontré qu’il fallait prendre cet être assoiffé et quasi-desséché, l’enrouler dans une couverture humide, pour que, tout doucement, sans brusque transition, un peu de fraîcheur s’insère et s’insinue dans toutes ses fibres desséchées.
Ainsi, au lieu de jeter une sorte de révolution à travers la psychologie et la psycho-pédagogie, nous avons préféré agir suivant les grandes lois vivantes qui sont toujours des lois très souples et très prudentes et très patientes.
En face de l’enfant, cet être de spontanéité et de fraîcheur, nous nous sommes demandé quel était le noyau vital de ce petit être qui allait être confié à nos soins, qui allait s’offrir à nous pour que nous puissions monter ses mécanismes. Et nous avons vu que cet enfant pouvait être considéré comme une sorte d’accumulateur d’énergie, d’une énergie qui déflagre, d’une énergie en perpétuel mouvement ; jamais il n’y aura d’arrêt. Il faut toujours que cette explosion fonctionne. Son arrêt, c’est la mort.
De là, la gesticulation perpétuelle et universelle de l’être vivant. Vous le voyez, nous restons dans le domaine purement physiologique ; nous nous mettons en face de l’être vivant dont nous étudions le fonctionnement physiologique pur.
Lorsque nous avons saisi ces déflagrations et que nous les avons vues, prolongées dans toutes ses fibres, même les plus ténues, nous avons constaté qu’elles se produisent par vagues et nous avons essayé — la dernière fois — d’étudier le rythme.
1 Mais l’avez-vous remarqué, je n’ai pas défini le rythme…
2 Je crois que c’est une très mauvaise méthode de définir un phénomène biologique avant de l’avoir vu fonctionner. De là des définitions toutes métaphysiques qu’on a données du rythme et qui ne cadrent pas du tout avec la réalité des faits.
3 En regardant fonctionner un être vivant, nous apercevons des phénomènes : le battement du cœur, la respiration, la marche et nous avons vu, en étudiant la parole, les tensions et les battements des muscles laryngo-buccaux.
4 Là, comme nous l’avons vu la dernière fois, nous nous trouvons en face de deux rythmes qui sont, peut-on dire, dépendants interdépendants : le rythme d’intensité, c’est à-dire cette explosion de l’énergie vivante, nerveuse, qui propulse les gestes d’autant plus violemment que l’énergie est plus violemment déflagrée, et le rythme de durée.
Lire la suite…. Fichier Word 📂