LE GESTE EN PSYCHOLOGIE ETHNIQUE ET EN PSYCHOLOGIE PEDAGOGIQUE

6ème Cours

 

 

 

LE STYLE MANUEL

ET LE GESTE PROPOSITIONNEL

 

amérindiens

 

1ère ANNEE SORBONNE 6ème Conférence 30 Avril 1931

 

 

LE STYLE MANUEL ET LE GESTE PROPOSITIONNEL

 

 

Qu’est-ce que le Langage ?

 

L’homme, ce Mimeur innombrable

 

Anthropoïde et Anthropos

 

Le Geste caractéristique

 

Le « Nom » est le geste essentiel

 

Le Geste propositionnel

 

Le langage gestuel

 

Les racines gestuelles

 

1ère Année

 

SIXIEME CONFERENCE — SORBONNE — 30 AVRIL 1931

 

 

LE STYLE MANUEL ET LE GESTE PROPOSITIONNEL

 

1 En face d’un sourd-muet, non encore éduqué phonétiquement, nous nous apercevons que le nombre des sons émis est ridiculement restreint, et il ne viendrait à l’idée de personne, avec ces quelques sons hoquetants, de vouloir faire un langage capable d’exprimer toute l’infinie richesse de nos attitudes mentales.

2 De même, lorsque nous nous trouvons en face d’hommes qui ont été éduqués dans nos milieux et qui, depuis l’âge de quatre ou cinq ans, ont dû réfréner toute leur spontanéité gestuelle, on se demande comment on pourrait, avec une si éprouvante pénurie de gestes, reproduire cette sorte de projection cinématographique de nos attitudes mentales.

3 C’est pour cela que jusqu’ici la question de l’expression de la pensée par le geste a été très peu étudiée.

4 Lorsqu’il y a une vingtaine d’années, je me suis mis à analyser le sujet, en voyant tout ce qui avait été dit jusqu’ici sur la question du langage, j’ai constaté à quel point les psychologues étaient restés hypnotisés par la parole.

5 Tout de suite, on a voulu chercher l’origine du langage dans ces sortes d’onomatopées ou dans ces cris émotionnels qui jaillissent spontanément dans les moments de plus ou moins grande stupéfaction ou de plus ou moins grande terreur, et l’origine de l’expression humaine en était restée là.

6 On a dérivé la question en s’en allant vers les ramages des oiseaux ou vers les quelques cris plus ou moins expressifs des animaux. C’était réduire singulièrement le problème.

7 Et vous voyez pourquoi, au lieu de vous mettre tout de suite dans cette question du langage parlé, je me suis approché degré par degré vers une reconstruction si j’ose dire, de l’être spontané, reconstruction qui est, au fond, une sorte de rejet des obstacles qui nous empêchent d’être spontanés.

8 La véritable spontanéité, nous l’avons vu, consiste à recevoir le réel et à laisser son organisme reproduire tout ce que nous avons reçu.

1 L’homme, ce mimeur innombrable — L’homme est modelé s’il se laisse faire par tout ce qui l’entoure et voilà pourquoi, lorsque nous regardons un joueur qui va faire un coup, soit difficile, soit brusque, nous sentons immédiatement tout notre être qui l’accompagne, si bien qu’un philosophe a pu dire : « Nous devenons ce que nous voyons ».

2 C’est précisément dans cet examen que doivent porter nos travaux au point de vue de l’expression.

3 L’homme devient ce qu’il voit et il devient par le fait même ce qu’il connaît en réalisant intellectuellement cette attitude globale.

4 Il n’y a vraiment dans l’homme qu’un tout, et ce que nous avons vu jusqu’ici, cette décomposition des muscles oculaires, auriculaires, laryngo-buccaux, manuels, n’est qu’une analyse factice.

5 Nous allons à la réalité avec tout notre être et c’est avec cette réalité saisie, nous allons intussusceptionnée, que nous allons exprimer.

6 Nous exprimer ? mais nous n’avons pas besoin de chercher à nous exprimer car qui dit « expression » dit chose spontanée qui jaillit.

7 Nous recevons le réel, et par le fait même que nous l’intussusceptionnons, nous le reproduisons : Nous voyons une chose qui vacille ? Nous vacillons avec elle ; nous voyons un objet qui fait des tressauts ? Nous tressautons avec lui ; si bien que cette recherche de l’expression, nous n’avons pas besoin d’aller loin pour la trouver : nous n’avons qu’à nous regarder.

8 Si nous étions indéfiniment fluides au lieu d’être comme nous sommes, vertébrés et rigides, si nous étions comme une sorte d’amibe consciente, nous sentirions que nous devenons pareils à la chose que nous voyons. Il y a là une sorte de problème vital de la connaissance : l’être humain, fluide autant qu’il le peut, en face de l’objet connu.

9 Aussi, l’étude de l’enfant est-elle extrêmement intéressante pour ce problème. Nous avons vu que le petit enfant, tant qu’il est laissé à sa spontanéité, devient en quelque façon toutes choses : il mime tout.

10 Nous avons vu que, lorsque nous rendions — par une méthode ou par une autre — la spontanéité à l’être humain, lorsque nous faisions sauter la carapace sociale, nous retrouvions immédiatement dans l’homme le mimeur innombrable : Alors va se poser le problème :

11 Si l’homme est capable de recevoir en lui toutes les choses, il va être capable — lui, être intelligent et volontaire — de reprendre toutes ces choses intussusceptionnées et de les rejouer volontairement. Or, c’est précisément dans ce phénomène volontaire que va résider l’expression intelligente.

1 L’homme a en lui chacun des gestes essentiels des objets car c’est précisément devant l’objet qu’il reçoit la forme caractéristique de l’objet.

2 Comme l’a dit très joliment Mallarmé dans ses « Divigations » à propos des danseuses : « La danseuse devient la chose elle-même : devient fleur, elle devient tout ce qu’elle veut, pour ainsi dire, connaître corporellement et spirituellement et intellectuellement ».

3 L’enfant est ce danseur, ce mimeur ; il devient la chose elle-même. Il n’y a qu’à l’observer, Il va exprimer dans son attitude, avec cette fluidité qui le caractérise, chacun des gestes caractéristiques de l’objet. Regardez l’enfant mimer le ballon qu’il vient d’apercevoir… Il se gonfle et roule. Il veut mimer le peuplier élancé… Il s’élance lui-même et vous le voyez se dresser sur la fine pointe des pieds, essayant de rejouer cet élancement. Il veut mimer le gros Monsieur… vous le voyez se rapetisser et pour ainsi dire se gonfler, pour essayer de reproduire le geste essentiel et caractéristique de l’objet qui est le gros Monsieur apoplectique.

4 Ne m’en veuillez pas de ces exemples que je vous donne toujours très simples. C’est dans la simplicité des exemples qu’est la clarté, disait mon maître Pierre Janet. Nous verrons que la loi est extrêmement simple aussi. Nous devenons l’objet dans son geste le plus saillant.

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